Boire (verbe, subst. masculin)


Définition de l'Académie française (éd. 1986)

Verbe 

I.
( je bois, nous buvons ; je buvais, nous buvions ; je bus ; je boirai ; je boirais ; bois, buvons ; que je boive, que nous buvions ; que je busse ; buvant ; bu ). X e siècle, beuvre, boivre. Du latin bibere. Devenu d'après croire.
1. Avaler un liquide pour se désaltérer, se nourrir, etc. Boire de l'eau, du vin, du café. Les jeunes enfants boivent beaucoup de lait. Boire une orangeade, un apéritif. Boire une goutte, une larme, un soupçon, un doigt de cognac. Boire à petites gorgées. Boire d'un trait, à longs traits. Boire frais, glacé. Boire tiède, chaud. Boire à la fontaine, dans le creux de sa main, à la bouteille. Boire à la régalade, en portant la tête en arrière et en versant la boisson dans la bouche, sans que le récipient touche les lèvres. Faire un malade. Elle ne boit pas assez. Mener les bêtes. Verser à dans un verre, y verser le liquide qui sera avalé. Donner à à quelqu'un. Réclamer à . Pron. Ce vin se boit frais, doit être consommé frais. Par méton. Boire un bol de lait, une tasse de thé, une bouteille de cidre. Fam. Boire un verre. Expr. et prov. Boire tout son soûl, jusqu'à plus soif, assez pour étancher complètement sa soif. Je boirais la mer et les poissons, j'ai une soif inextinguible. Ce n'est pas la mer à , pas très difficile, pas très désagréable. On ne saurait faire un âne qui n'a pas soif, voir . Il ne faut pas dire : « Fontaine, je ne boirai pas de ton eau », on n'est jamais sûr de ne pas être amené plus tard à accepter ce qu'on refuse ou méprise aujourd'hui. Quand le vin est tiré, il faut le , une fois engagé dans une affaire, on ne peut plus reculer. Boire le calice jusqu'à la lie, voir . Boire du lait, du petit lait, éprouver une grande satisfaction. Il buvait du petit lait en écoutant vos éloges. Il y a à et à manger, se dit d'un liquide, vin, bouillon, café, etc., trouble et épais et, fig., d'une affaire, d'une chose qui présente des aspects contradictoires, où il y a du bon et du mauvais. Dans cet ouvrage, il y a à et à manger. Fam. Boire la tasse, un bouillon, avaler de l'eau au cours d'une baignade et, fig., subir une perte considérable, par suite de mauvaises affaires ou d'une spéculation malheureuse. Croyez cela et buvez de l'eau fraîche, compte dessus et bois de l'eau, il ne faut pas y croire, y compter.
2. Spécialt. (Sans précision de complément.) Absorber du vin ou une boisson alcoolisée. Il ne boit jamais, il est sobre. Il a bu, trop bu, il est ivre. Il boit beaucoup, il boit sec, il aime l'alcool, les boissons fortes. Offrir, payer à à des amis. Boire à la santé de quelqu'un, en exprimant, avant de vider son verre, des vœux de bonne santé. Buvons à votre succès, à votre prompt retour. Boire à la ronde, chacun à son tour dans un cercle, autour d'une même table. Boire en Suisse, seul, sans inviter personne. Chanson à , qu'on chante à table, à la fin d'un repas. Le roi boit ! La reine boit ! acclamation lancée par les convives au jour des Rois, quand le roi ou la reine de la fève vide son verre. Fam. Boire un coup, un petit coup. Boire le coup de l'étrier, une dernière rasade avant de se mettre en route. Vieilli. Donner pour à un commissionnaire, une petite gratification (on dit aujourd'hui Donner un pourboire ). Après , après avoir bu. Par ext. Avoir l'habitude d'absorber en quantité excessive des boissons alcoolisées, de s'enivrer. Depuis cette déception, il s'est mis à . Il avait embauché un ouvrier qui buvait. Par méton. Boire sa paie, son héritage, dépenser tout son argent en boisson, dans les cafés, etc. Expr. fam. Boire comme un trou, comme une éponge, à l'excès. Un boit-sans-soif, un ivrogne. Prov. Qui a bu boira, on retombe souvent dans ses anciennes habitudes, ses premiers défauts. Les parents boivent, les enfants trinquent, les enfants paient souvent les fautes des parents.
3. Fig. Jouir avec avidité de quelque chose, se laisser pénétrer, imprégner par quelque chose. Boire les paroles de quelqu'un, les écouter avec une attention admirative. Boire un affront, une injure, les supporter sans en témoigner de ressentiment. Avoir toute honte bue, n'avoir plus honte de rien.
4. Par anal. En parlant des choses. Absorber, s'imbiber de. La terre a bu l'eau. Ce papier boit l'encre. La peinture a été bue par le bois. Les légumes ont bu toute l'eau de cuisson.
5. Ce cheval boit l'obstacle, le franchit très aisément.


Signification de l'Académie française (éd. 1932-35)

Verbe 

("Je bois; nous buvons. Je buvais. Je bus. Je boirai. Bois. Que je boive. Que je busse. Buvant. Bu.") Avaler un liquide. "Boire de l'eau, du vin, de la bière, etc." Absolument, "Boire frais. Boire chaud. Boire à la fontaine. Boire dans le creux de la main. Boire dans un verre. Boire d'un trait. Boire à longs traits, à la régalade." Par extension, "Boire un verre, une bouteille de cidre."
"Donner à ," Tenir cabaret, vendre du vin en détail à tout venant. "Il y a au coin de la rue un homme qui donne à . Donner à et à manger."
"Vin prêt à ," Vin qui a acquis sa maturité, qui est en état d'être bu.
"Chansons à ," Chansons faites pour être chantées à table. On dit dans le même sens "Air à ."
"Cet homme boit bien, il boit sec," Il boit beaucoup. "Boire d'autant," Boire beaucoup. "Boire à sa soif," Ne que quand on en a effectivement besoin. "Boire son soûl, tout son soûl," Boire autant qu'on veut et au-delà du besoin.
Pop., "Boire à tire-larigot, comme un templier, comme un trou, comme une éponge," Boire excessivement.
"Boire à la santé de quelqu'un," Exprimer des voeux pour la santé de quelqu'un en buvant. On dit aussi "Boire une santé, des santés." On dit de même "Boire à quelqu'un. Boire au retour, au prompt retour, à l'heureux voyage, aux succès de quelqu'un, etc."
"Boire au bon retour de quelqu'un" signifie aussi Boire en signe de joie de son arrivée.
"Boire à la ronde," Boire tour à tour, les uns après les autres.
"Après ," Après avoir bu.
"Donner pour à des ouvriers, à un commissionnaire, à un cocher." Voyez POURBOIRE.
Fig., "Boire le vin de l'étrier," ou "le coup de l'étrier," Boire un verre de vin quand on est prêt à partir.
Fig. et fam., "C'est la mer à ," se dit d'une Entreprise qui présente des difficultés extrêmes, des obstacles insurmontables. On dit dans le sens contraire, "Ce n'est pas la mer à ."
Il se dit encore de Quelqu'un qui court le risque de se noyer. "Quand on vint à son secours, il commençait à ."
"Il y a à et à manger," se dit proprement d'un Liquide, vin, bouillon, café, trouble et épais. Fig. et fam., il se dit d'une Affaire qui peut avoir à la fois de bons et de mauvais résultats, d'une question qui présente plusieurs aspects, d'un ouvrage où il y a du bon et du mauvais.
Prov., "Qui bon l'achète, bon le boit," se dit en parlant d'un Bon vin. Fig. et fam., il signifie Il ne faut point plaindre l'argent à de bonne marchandise.
Prov. et fig., "On ne saurait faire un âne s'il n'a soif, qui n'a pas soif." Voyez ÂNE.
Prov. et fig., "Le vin est tiré, il faut le ," se dit pour exprimer qu'on est trop engagé dans une affaire pour reculer.
Fig., "Boire le calice," Se soumettre à faire ou à souffrir ce qu'on ne saurait éviter. "Boire le calice jusqu'à la lie," Souffrir une humiliation complète, une douleur longue et cruelle, un malheur dans toute son étendue.
Fig., "Boire un affront," Souffrir une injure sans en témoigner de ressentiment. "Avoir toute honte bue," N'avoir plus honte de rien.
Prov. et fig., "Qui fait la faute, la boit," Celui qui a fait une faute en doit porter la peine.
"Le roi boit!" ou "La reine boit!" Acclamation usitée dans les repas le jour des Rois, lorsque le roi ou la reine de la fève boit.
Il signifie aussi Boire avec excès, s'enivrer. "Il est sujet à . Il a le défaut de boire. Elle a renvoyé son chauffeur, parce qu'il buvait."
Prov. et fig., "Qui a bu boira," se dit en parlant d'un Défaut dont on ne se corrige jamais.
Il signifie aussi, en parlant des choses, S'imbiber, s'imprégner. "Ce papier boit," L'encre passe au travers. "La terre boit l'eau. L'éponge boit."
BOIRE s'emploie aussi comme nom masculin dans cette locution figurée et familière, "Il en oublie, il en perd le et le manger," Il est entièrement absorbé par une occupation, par une passion.



1ère définition d'Emile Littré




 1   Avaler un liquide. Il boit du vin. Vous z de la tisane. Il but du poison. Buvez un verre d'eau.

 2   Dépenser à .
BÉRANG.: « Il [mon aïeul] but ainsi son héritage ; Que son âme soit en repos ! »
BÉRANG.: « Buvons gaîment l'argent de mon tombeau »
    À ! locution pour demander qu'on verse à .

 3   Fig.
MAIR.: « Que tout seul, s'il se peut, je boive tout le fiel Que répandrait sur vous la colère du ciel »
RAC.: « Et d'enfants à sa table une riante troupe Semblait avec lui la joie à pleine coupe »
J. B. ROUSS.: « La céleste troupe, Dans ce jus vanté, Boit à pleine coupe L'immortalité »
THOMAS: « Le germe des douleurs infecte leur repas ; Et dans des coupes d'or ils boivent le trépas »
DELILLE: « Quand pourrai-je.... Boire l'heureux oubli des soins tumultueux »
LAMART.: « Adieux, regrets, baisers.... Mon âme s'en troublait, mon oreille ravie Buvait languissamment ces prémices de vie »
    Boire, dans le sens d'être obligé d'endurer.
RÉGNIER: « Honorable défaite.... Encores derechef me la fallut-il »
RÉGNIER: « Qui gai fait une erreur, la boit à repentance »
HAMILT.: « Ayant bu la première honte »
MOL.: « Malheureux que je suis ! il faut que je boive l'affront »
MOL.: « Mon frère, doucement il faut la chose »
J. J. ROUSS.: « Ils boivent les affronts comme l'eau »
MASSON: « Il boit, en expirant, le plus horrible affront : Les pieds d'un malheureux suspendu sur sa tête Renversaient sa couronne et lui battaient le front »

 4   Absolument, du vin. On buvait pendant des jours entiers. Boire beaucoup, avec excès, bien . Il avait bu copieusement. Aimer à .
MOL.: « Vous buviez sur son reste, et montriez d'affecter Le côté qu'à sa bouche elle avait su porter »
LA FONT.: « Soyons bien buvants, bien mangeants, Nous devons à la mort de trois l'un en dix ans »
LESAGE: « J'ai soupé hier avec trois des plus jolies femmes de Paris ; nous avons bu jusqu'au jour.... »
    Boire son soûl, autant qu'on veut.
    Boire à la santé de quelqu'un, faire des voeux pour quelqu'un en buvant. Nous buvons à votre heureux retour.
BÉRANG.: « Qu'on boive aux maîtres de la terre, Qui n'en boivent pas plus gaîment »
    On dit aussi, la santé de quelqu'un, au lieu de à sa santé.
SÉV.: « Je voudrais bien les remercier d'avoir bu ma santé ; la vôtre fut bue avant-hier chez la princesse de Tarente »
    Boire sec. Cet homme boit sec, c'est-à-dire il boit beaucoup.
    Le roi boit ! la reine boit ! Acclamation usitée dans les repas du jour des Rois, lorsque le roi ou la reine de la fève boivent.
    Boire, être ivrogne. Cet homme a le défaut de .
    Donner à , tenir un cabaret.
    Chanson à , chanson de table.
SÉV.: « Elle chanta vingt chansons à »
MOL.: « Chanter un air à »
    Donner pour , donner une gratification en outre du salaire.
SÉV.: « Je lui donnerai de quoi »
    Après , après avoir bu, à son aise.
RÉGNIER: « Un poëte n'est bizarre et fâcheux qu'après »
LA FONT.: « Un beau jour, après »
A. CHÉN.: « Eh bien ! nous lirez-vous quelque chose aujourd'hui ? Me dit un curieux qui s'est toujours fait gloire D'honorer les neuf soeurs et toujours, après , Aime à dormir au bruit des vers psalmodiés »
    Fig.
RAC.: « Ils boiront dans la coupe affreuse, inépuisable, Que tu présenteras au jour de ta fureur, à toute la race coupable »
    En langage poétique, à la source d'Hippocrène, faire des vers.
    Boire, courir risque de se noyer. On est allé à son secours ; il commençait à . Il faillit se noyer et but beaucoup. On dit dans le même sens, un coup.
    Terme de manége. Un cheval qui boit dans son blanc, est un cheval qui a le nez blanc ; un cheval qui boit la bride, a le mors trop enfoncé dans la bouche.

 5   S'imbiber, s'imprégner de. L'éponge boit l'eau. La terre brûlée longtemps par le soleil, but la pluie.
    Absolument. Ce papier boit, il se laisse pénétrer par l'encre.
    Fig.
RAC.: « La terre humectée But à regret le sang des neveux d'Érecthée »
MALF.: « Telle est Iris, quand un nuage obscur, Chargé de pluie, altéré de lumière, Boit le soleil, et vers notre paupière Réfléchit l'or et la pourpre et l'azur »

 6   V. n. Terme de tannerie. Faire les peaux, les mettre à la rivière.

 7   Terme de couturière. Faire du taffetas, du linge, une étoffe, tenir en cousant une pièce lâche contre l'autre tendue, de manière qu'avec des longueurs inégales elles arrivent au même point.
    Terme de marine. Faire la voile, tenir la voile lâche en la cousant à sa ralingue.
    En ces deux derniers emplois, se dit pour être béant, à demi ouvert, et cela se comprend, puisque exige que la bouche soit ouverte.

 8   Se , v. réfl. Être bu. Ce vin se boit au dessert.

PROVERBES
    Boire comme un templier, comme une éponge ; excessivement. Les chevaliers de l'ordre du Temple étaient accusés d'être ivrognes.
    Boire le vin du marché, ensemble après la conclusion d'un marché.
    Boire le vin ou le coup de l'étrier, un verre de vin quand on est près de partir.
    À petit manger bien , c'est-à-dire lorsqu'on a peu à manger, il est bon de un bon coup.
    Il y a à et à manger, c'est-à-dire l'affaire présente de bons et de mauvais côtés ; se dit aussi, au propre, d'un liquide trouble, par exemple du café mal filtré.
    Qui bon l'achète, bon le boit, c'est-à-dire il ne faut point plaindre l'argent à bonne marchandise.
    On ne saurait faire un âne s'il n'a soif, c'est-à-dire on ne saurait déterminer une personne entêtée à faire ce qu'elle n'a pas envie de faire.
    Qui fait la faute la boit, on porte la peine des fautes qu'on fait.
    On ne saurait si peu qu'on ne s'en sente, c'est-à-dire un peu trop expose toujours à quelque sottise.
    Croyez cela et buvez de l'eau, se dit d'une chose qui ne mérite pas de croyance. On dit dans un sens à peu près analogue : buvez frais ; buvez du meilleur.
VOLT.: « Prononcez seulement ces mots in, cum, sub, et buvez du meilleur »
    C'est la mer à , se dit d'une chose trop difficile, qui ne se peut faire. Ce n'est pas la mer à , se dit d'une chose qui ne présente pas de grandes difficultés.
LA FONT.: « Si je pouvais remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire ! Tout cela c'est la mer à »
    Il n'y a pas de l'eau à , c'est-à-dire à ce travail, à ce métier, à ce marché, il n'y a rien à gagner.
    Le vin est tiré, il faut le , c'est-à-dire il n'y a plus à hésiter, à reculer, et aussi, vous avez commencé, il faut achever.
    Qui a bu boira, c'est-à-dire on ne se corrige pas de ses vieux défauts.

HISTORIQUE
    XIème siècle
     Ch. de Rol. CLXXVI: Li mieux gariz [protégés] en ont boüd [se sont noyés] itant
    XIIème siècle
     Ronc. p. 105: S'il en bevoit, ne fust mort erramment
     Couci, XIX: Onques Tristans, cil qui but le brevage, Plus loiaument n'ama sans repentir
    XIIIème siècle
     Berte, XIX: Et quant il lui donnoit à et à manger
     ib. XXVII: Volentiers [elle] en beüst, mais trouble ert [était l'eau] com godale [sorte de bierre]
     ib. LI: À son plaisir elle a et mangié et beü
     Bl. et Jeh. 2711: Illuec [il] eüst esté noiiés ; Mais li peschieres à esploit S'en vint au comte qui buvoit
     Chron. de Rains, p. 87: Si ot non li legas de France maistre Robiers de Crescon et estoit englois, preudomme, mais volentiers buvoit ; par Dieu ! ainsi sont maint preudome
     Liv. des mét. 202: Il convient que il [le fripier] doint au roy pour le mestier XXV deniers de la haubanerie, et XII deniers à boivre aus compaignons
     Ren. 15748: Il est bien raison que l'anui Que je ai porchacié reçoive ; Droiz est que ma folie boive
ID.: « Je ne sui mie encore morz ; Moult avez tost le duel beü Que vos avez de moi eü »
     la Rose, 2566: À ce sunt cil bien cognoissant Qui vont les dames traïssant, Qui dient por eus [els, elles] losengier Qu'il ont perdu boivre et mengier
     ib. 1488: Et quant il vint à la fontaine Que li pins de ses rains [branches] covroit, Il se pensa que il bevroit
     ib. 6012: Il n'est nus qui de celi boive, Boive en neïs plus qu'il ne doive [même s'il en boit plus qu'il ne doit], Qui sa soif en puisse estanchier, Tant a le boivre dous et chier
RUTEB.: « S'il fist folie, si la boive »
JOINV.: « Et li dit que il looit [conseillait] qu'il se traïsist [retirât] à main destre sur le flum, pourceque ses serjans eussent à »
JOINV.: « Ses chevaliers sarrazins se mistrent en la ville et comencerent à boivre des vins, et furent maintenant touz ivres »
    XIVème siècle
ORESME: « Et semblablement ne desirent pas touz unes meismes viandes ou s »
    XVème siècle
FROISS.: « Et usent grand foison d'espices, par especial de sucre et aussi de lait de chevres ; ce sont les communs s des Turs et des Sarrazins »
FROISS.: « Pensez à vos besognes, car jamais je ne buverai ni ne mangerai tant que vous soyez en vie »
FROISS.: « [Les Anglais naufragés sur la côte d'Irlande] burent assez »
FROISS.: « L'endemain, après messe et après , les traiteurs [les négociateurs] vinrent ensemble en la dite chapelle.... »
CH. D'ORL.: « Puisqu'il est trait [tiré], il le faut »
G. CHASTEL.: « Il lui falloit adviser necessairement comment il pourroit mieulx ce qu'il avoit brassé, car le luy falloit »
VILLON: « En l'an de mon trentieme eage, Que toutes mes hontes j'eu beues, Ne de tout fol encor ne sage »
    XVIème siècle
MAROT: « Plus tost beuront [boiront] les Partes Araris »
MAROT: « [Les rivières] Qui d'une part en la terre se boivent : Autres plusieurs en la mer se reçoivent »
RAB.: « Je boiray par Dieu et à toy, et à ton cheval »
MONT.: « Ils en perdent le , le manger et le repos »
MONT.: « Boire chaud, froid »
LOYSEL: « Qui fait la faute, il la boit »
D'AUB.: « Les premiers harquebusiers qu'on avoit poussez beurent seuls quelque fumée, et firent la pluspart du meurtre en attendant les autres »
D'AUB.: « Premier que de joindre, il lui fallut la volée de 14 canons »
D'AUB.: « Parmi les pleurs et la tristesse, ce prince beut les remonstrances des pasteurs et des amis [les accueillit], et rompit les mauvaises esperances de la cour, en espousant la soeur du duc de Longueville »
D'AUB.: « Si peu de pieces qu'ils menoient n'eussent peu passer du costé du Vivarets, d'où les montagnes vont dans la riviere »
D'AUB.: « Ceux qui firent cette sortie, et qui en beurent le premier peril sont en cette compagnie »
D'AUB.: « En mesme temps commença la tranchée, qui vint percer la contr'escarpe et dans le fossé »
PARÉ: « Un Allemand de la garde s'estoit fort beu »
RONS.: « La terre les eaux va boivant, L'arbre la boit par sa racine, La mer salée boit le vent, Et le soleil boit la marine ; Le soleil est beu de la lune, Tout boit soit en haut ou en bas : Suivant ceste reigle commune, Pourquoy donc ne boirons-nous pas ? »
GÉNIN: « Point ne parle à celui qui boit »

ÉTYMOLOGIE
    Bourguig. borre ; Berry, bere, beuvre ; provenç. beure ; catal. beurer ; espagn. beber ; ital. bevere ; du latin bibere ; rattaché au grec, , par le sanscrit pâ, , dans les védas pib, d'où, par assimilation de la consonne, la réduplication bib. Boire est régulièrement formé, ayant l'accent tonique sur la même syllabe que bíbere.


2ème définition d'Emile Littré

Subst. masculin 


Ce qu'on boit à ses repas.
LA FONT.: « ....N'eussent pas au marché fait vendre le dormir Comme le manger et le »
    Fig. et familièrement. Il en oublie, il en perd le et le manger, c'est-à-dire il est tout à une occupation ; sa passion l'absorbe.
HAMILT.: « Il en perdit le et le manger »

ÉTYMOLOGIE
    Boire ; norm. bére, cidre.

SUPPLÉMENT AU DICTIONNAIRE 2. BOIRE. Ajoutez :

 2   Opération par laquelle on remplit les viviers, au bord de la mer, en levant la vanne à marée montante, H. BOUT, Rev. Britann. avril 1871, p. 428.


3ème définition d'Emile Littré

Subst. féminin 



 1   Nom donné, dans les départements de Maine-et-Loire et de la Loire-Inférieure, aux anses ou petits golfes de la Loire.
LEGOARANT: « Il y a près de notre village une belle »

 2   Terme de pêche. Communications que les mares, fossés ou chantepleures ont avec les rivières, ou bien fosses pratiquées sur les bords des rivières. La pêche ne peut être affermée au profit de l'État dans les s creusées de main d'homme.

ÉTYMOLOGIE
    Bas-lat. borra, creux plein d'eau ; ital. borro, fosse creusée par les torrents de montagnes. Sauf ces rapprochements, on ne sait rien sur l'origine de ce mot.


1ère signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Verbe 


("Je bois, tu bois, il boit; nous buvons, vous buvez, ils boivent. Je buvais. Je bus. Je boirai. Je boirais. Bois. Que je boive. Que je busse. Buvant. Bu.") Avaler un liquide. "Boire de l'eau, du vin, de la bière, etc. Boire une médecine, de la tisane, du bouillon, du café, etc. Boire pour se désaltérer, pour se rafraîchir. Ne faire que et manger. Boire frais. Boire à la glace. Boire chaud. Boire à la fontaine. Boire dans le creux de la main. Boire dans un verre. Boire d'un trait. Boire à longs traits, à la régalade. Boire un coup, un grand coup. Boire un verre de vin, une bouteille de cidre. Ils ont passé la nuit à . Verser à . Donnez-moi à ," ou elliptiquement, . Faire un cheval au seau, à l'abreuvoir; le mener ."
"Donner à ," Tenir cabaret, vendre du vin en détail à tout venant. "Il y a au coin de la rue un homme qui donne à . Donner à et à manger."
"Vin prompt à ," Vin qu'il faut promptement, parce qu'il n'est pas de garde. "Vin prêt à ," Vin qui a acquis sa maturité, qui est en état d'être bu.
"Chansons à ," Chansons faites pour être chantées à table. On dit dans le même sens, "Air à ."
"Cet homme boit bien, il boit sec," Il boit beaucoup. "Boire d'autant," Boire beaucoup. "Boire à sa soif," Ne que quand on en a effectivement besoin. "Boire son soûl, tout son soûl," Boire autant qu'on veut, et au delà du besoin.
Prov., "Boire à tire-larigot, comme un templier, comme un trou, comme une éponge," Boire excessivement.
"Boire rasade, une rasade, un rouge bord," Boire un verre plein de vin, le verre tout plein.
"Boire un doigt de vin," Boire un petit coup.
"Boire à la santé de quelqu'un," Exprimer des voeux pour la santé de quelqu'un en buvant. On dit aussi, "Boire une santé, des santés." On dit de même: "Boire à quelqu'un. Boire aux inclinations de quelqu'un. Boire au retour, au prompt retour, à l'heureux voyage de quelqu'un. Etc."
"Boire au bon retour de quelqu'un," signifie aussi, Boire en signe de joie de son arrivée.
"Boire à la ronde," Boire tour à tour, les uns après les autres.
Fam., "Boire ensemble," Faire un repas ensemble. "Quand boirons-nous ensemble? Il les réconcilia, et les fit ensemble."
"Donner pour à des ouvriers, à un commissionnaire, à un cocher, etc.," Leur donner quelque argent en sus de leur salaire. "Donner pour ," se dit aussi en parlant De toute espèce de petites libéralités qu'on fait à des gens de la classe inférieure. "Après avoir visité le château, il donna pour au concierge. Il voulut que chacun prît part à sa joie, et donna pour à ses domestiques." On dit de même quelquefois, "Donner de quoi à des ouvriers, etc." Voyez POURBOIRE, substantif.
Prov., "Boire le vin du marché," Boire ensemble après la conclusion d'un marché, d'une affaire, en signe de ratification.
Prov., "Boire le vin de l'étrier," Boire un verre de vin quand on est près de partir.
Prov., "À petit manger bien ," Lorsqu'on a peu à manger, on se dédommage en buvant beaucoup.
Prov. et fig., "C'est la mer à ," se dit D'une entreprise qui présente des difficultés extrêmes, des obstacles insurmontables. On dit dans le sens contraire, "Ce n'est pas la mer à ."
Fig. et fam., "Il n'y a pas de l'eau à ," se dit D'un marché, d'un travail où il n'y a rien à gagner.
Fig. et fam., "Il y a à et à manger," se dit D'une affaire qui peut avoir à la fois de bons et de mauvais résultats, d'une question qui présente deux sens, d'un ouvrage où il y a du bon et du mauvais.
Prov., "Qui bon l'achète, bon le boit," se dit en parlant D'un bon vin. Ce proverbe s'emploie aussi figurément, et signifie alors, Il ne faut point plaindre l'argent à de bonne marchandise.
Prov. et fig., "On ne saurait faire un âne s'il n'a soif, qui n'a pas soif," On ne saurait obliger ou déterminer une personne entêtée à faire ce qu'elle n'a pas envie de faire.
Prov. et fig., "Le vin est tiré, il faut le ," se dit Pour exprimer qu'on est trop engagé dans une affaire pour reculer.
Fig., "Boire le calice," Se soumettre à faire ou à souffrir ce qu'on ne saurait éviter. "Boire le calice jusqu'à la lie," Souffrir une humiliation complète, une douleur longue et cruelle, un malheur dans toute son étendue.
Fig., "Boire un affront," Souffrir une injure sans en témoigner de ressentiment.
Prov. et fig., "Qui fait la faute la boit," Celui qui a fait une faute en doit porter la peine.
"Le roi boit!" ou "La reine boit!" Acclamation usitée dans les repas du jour des Rois, lorsque le roi ou la reine de la fève boivent. "Ils nous ont bien fait crier, Le roi boit! la reine boit!"



2ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



signifie aussi, Boire avec excès, s'enivrer. "Il est sujet à . Il a le défaut de . Elle a renvoyé son cocher, parce qu'il buvait."
Prov. et fig., "Qui a bu boira," se dit en parlant D'un défaut dont on ne se corrige jamais.
Prov., "On ne saurait si peu , qu'on ne s'en sente," Il arrive presque toujours à ceux qui boivent un peu trop, de dire ou de faire quelque chose de mal à propos.



3ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française



se dit également De certaines choses. "Ce papier boit," L'encre passe au travers. "La terre boit l'eau," Elle s'en abreuve, elle s'en pénètre. "L'éponge boit," Elle absorbe l'eau.



4ème signification éditée en 1835 par l'Académie Française

Subst. masculin 


Ce qu'on boit à ses repas. "On lui apprête son et son manger."
Fig. et fam., "Il en oublie, il en perd le et le manger," se dit De celui qui est entièrement absorbé par une occupation, par une passion.



Définition du dictionnaire de Jean-François Féraud (édition de 1788)

Verbe 

["Boâ-re", 1re lon. 2e "e" m.] Je "bois", tu "bois", il "boit"; nous "buvons", vous "buvez", ils "boivent". Je "buvais"; je "bus", j'"ai bu"; je "boirai". "Bois;" que je "boive", nous "buvions", vous "buviez", ils "boivent"; je "boirais"; que je "busse", que tu "busses", qu'il "bût", que nous "bussions", etc. "Buvant", "bu".
   "Rem." Les badauds de Paris disent, je "burai", tu "buras", il "bura", etc. Il faut dire, je "boirai", tu "boiras", il "boira", etc. Les Provinciaux disent, "en boivant;" il faut dire, "en buvant". Mén.
   BOIRE, avaler une liqueur. "Boire de" l'eau, "du" vin, "de la" bierre, "des" liqueurs, etc. "Boire" frais, "boire" à la glace. "Boire un" grand coup, "un" grand trait; "boire" à longs traits; doner, verser ".
   On dit, proverbialement, "boire" comme un trou, " en" templier, "en" chantre, "en" soneur; "à tire larigot", ou "en tire larigot", excessivement. On dit aussi qu'un homme "boit bien", qu'il "boit sec", qu'il "boit d' autant", pour dire qu'il boit beaucoup.
- "Boire à sa soif", ne que quand on en a éfectivement besoin.
- "Boire" un "doigt de vin"; un petit coup; "une" rasade, "un" rouge bord; un verre tout plein jusqu'au bord.
   BOIRE "la" santé, ou~ "à la" santé "de"; " à" quelqu' un, façon de parler, dont on se sert à table, en buvant les uns aux aûtres. 'On ne "but" point "à" votre "santé"... Je ne voudrois pas que la postérité prît une chôse pour l'autre, et que d'ici à deux mille ans, on crût qu' on "a bu à vous", cela n'ayant point été. "Voiture".
   "À~ petit manger bien ", beaucoup, quoiqu'on mange peu. "Qui a bu boira", les habitudes nous suivent jusqu'au tombeau.
- En parlant du vin, "qui bon l'achète", "bon le boit"; ce qui s'aplique au figuré, pour dire, qu' il ne faut pas plaindre l'argent à de bonne marchandise.
- "On ne peut faire un âne s'il n'a soif;" on ne peut pas persuader à de certaines gens de faire ce dont ils n'ont nullement envie.
- "Le vin est tiré, il faut le ", ou, "qui fait la folie doit la ;" quand on est si fort engagé, on ne peut plus reculer; et quand on a fait une folie, il faut en suporter les fâcheuses suites.
   2°. BOIRE, signifie quelquefois "s'ennivrer". 'Il est sujet à "boire", il "boit".
- Le papier "boit", l'encre perce à travers; la terre "boit l'eau", elle s'en abreûve. En ce sens, on dit que l' éponge "boit".
   3°. BOIRE se dit figurément, pour signifier soufrir avec patience quelqu'infortune qu'on ne peut éviter, faire une chôse par une force majeûre. 'Il falut " la" râillerie. D'"Abl." 'Faut-il que je "boive cet" afront. "Mol." Il faut " le calice", le " jusqu'à la lie".
   Qui fait une erreur "la boit" à repentance.
       Reg.
'Qui fait la faute "la boit".
- Hors de là, "boire" ne se dit point au figuré. L'Ab. "Desfontaines" blâme "la Motte" d'avoir dit:
   La nuit se passe aux camps, où cependant les troupes
   "Boivent" dans les festins "l'espoir" à pleines coupes.
   Je pense qu'il n'aurait pas plus épargné Mde. "Dacier", qui dit aussi: 'Elle écoute leurs discours, "les boit" avec avidité. "Odyssée".
- "Boire des discours", et " l'espoir", sont des expressions "bizarres".
- "Racine" et "Rousseau", employant des expressions pareilles, les adoucissent~ par des correctifs.
   Et d'enfants, à sa table, une riante troupe,
   "Semble " avec lui, "la joie" à pleine coupe.
       "Racine".
  De ces vautours de la société,
  Qui, "comme l'eau, boivent l'iniquité".
      "Rouss."
Cette dernière expression est consacrée.
- Mais M. "Roucher", plus hardi, dit crument et sans correctif, qu'un oeil "boit les" doux "pavots" du someil; qu'un coeur "boit un" long amour, etc. Dans cette dernière expression, il a voulu luter contre ces vers de Virgile.
   Nec non et vario noctem sermone trahebat
   Infelix Dido, "longumque bibebat amorem".
Mais les goûts des langues sont diférens, et ce qui réussit dans l'une, déplait souvent dans l'aûtre.
   BOIRE, s. m. "Le " et le manger: 'On m'aprête, on m'aporte "mon " et mon manger. ' Il est si apliqué à cette afaire, qu'il "en quitte", ou qu'il "en perd le et le manger".




Emplacement dans le dictionnaire :

boeuf
bog
boghei
bogue
boguette
bohème
boheme
bohème ou bohémien
bohémien

bois
boisage
boisé
boisement
boiser
boiserie
boisseau
boisselée
boisselier
boissellerie
boisson




Quelques citations relatives :

Citation n°1 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...habitué à cette chaleur et à cette limpidité bleue des tropiques, et, ici, il semblait qu'il y eût un suaire jetant une nuit sinistre sur le monde. Et puis aussi il se disait qu'il ne voulait plus boire, non pas que ce fût bien mal après tout, et, d'ailleurs, c'était la coutume pour les marins bretons ; mais il me l'avait promis d'abord, et ensuite, à vingt-quatre ans, on est un grand garçon revenu...


Citation n°2 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...de belle humeur. Ils étaient venus de loin, de leurs petites chaumières moussues, éparpillées dans la campagne sauvage, pour assister à cette grande fête de la ville. Et avec ceux-là il fallait boire : du cidre, du vin ; c'était à n'en plus finir. Le bruit allait croissant, et des marchands de complaintes à la voix rauque chantaient, en breton, sous des parapluies rouges, des choses à faire...


Citation n°3 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...la fatalité acharnée contre lui, car, cette fois, il n'était pas bien coupable. Et tout cela arrivait maintenant qu'il était plus sage, maintenant qu'il faisait de grands efforts pour ne plus boire et se bien conduire ! CHAPITRE XXXII Quand je revins dans ma chambre lui dire qu'on allait le mettre aux fers, je le trouvai assis sur mon lit, les poings fermés, les dents serrées de rage. Sa...


Citation n°4 de Pierre LOTI (Mon frère Yves)

...accepté à cause de deux quarts de vin qu'on lui avait promis. Le roulis le remuait, le gênait dans sa besogne, lui dérangeait son cadavre, et il s'impatientait dans l'attente de ce vin qu'il allait boire. D'abord les pieds ; on lui avait recommandé de les bien serrer, à cause du boulet qu'on y attache pour faire couler le mort. Ensuite il cousait en remontant le long des jambes ; on ne voyait...


Citation n°5 de Pierre LOTI (Le Roman d'un enfant)

...composés surtout de chênes verts, dont le feuillage est si sombre. Puis on s'engageait dans les chemins particuliers du domaine ; on passait devant le puits où les boeufs attendaient leur tour pour boire. Et enfin on ouvrait le vieux petit portail ; on pénétrait dans la première cour, espèce de préau d'herbe, déjà plongé dans l'ombre tout à fait obscure de ses arbres de cent ans. L'habitation était...


Autres Recherches
Synonymes
Conjugaisons
Synonymes : cliquez ici
Conjugaison du verbe : cliquez ici

Usage du mot

Ce graphique vous montre la manière dont ce mot a été utilisé à travers les âges.


Accès direct à ptidico.com: cliquez ici...